HIER APRÈS-MIDI, après plus d'une heure de délibération, le tribunal correctionnel de Bobigny s'est déclaré incompétent dans une affaire d'excision. C'est donc devant la cour d'assises que Hacourou Marega, 54 ans, et son ex-femme Mamou Sylla, 44 ans, devraient comparaître. Le couple de Maliens, qui habite Bagnolet, est accusé d'avoir fait exciser ses quatre filles, en France pour les deux aînées et au Mali pour les deux cadettes, alors qu'elles étaient très jeunes. Hier, la Commission pour l'abolition des mutilations sexuelles (Cams) a joué les invités de dernière minute au procès, en se constituant partie civile. C'est l'association qui a demandé à ce que cette affaire ne soit pas plaidée en correctionnelle mais devant la cour d'assises, allant à l'encontre de ce que désiraient les victimes, représentées par l'association SOS Victimes.
« Un crime »
« Il ne faut pas minimiser les faits. L'excision n'est pas un délit mais un crime », défend Linda Weil-Curiel, l'avocate du Cams, qui a fait de ce combat son cheval de bataille. Dès lors, les parents ne devront plus répondre de violences volontaires mais « d'actes de torture et de barbarie ayant entraîné une mutilation sur mineur de moins de 15 ans, ce qui est passible de trente ans de réclusion », souligne l'avocate.
En 2004, c'est Hacourou Marega qui avait dénoncé son épouse à des policiers. Le mari s'était retrouvé en garde à vue après une plainte de sa femme, qui dénonçait des violences conjugales. A son tour, il l'avait accusée d'avoir fait exciser l'une de leurs filles. L'expertise a montré que les quatre filles de la famille avaient bel et bien été mutilées. Des faits qui se sont déroulés entre 1986 et 1993. C'est à l'occasion d'un voyage au Mali, pour l'enterrement de la mère de l'épouse, que les deux benjamines, alors âgées de 1 et 3 ans, ont été excisées. Hier, c'est à huis clos que les discussions se sont tenues devant le tribunal correctionnel. Si le père était absent, la mère s'est présentée face au juge. Un foulard noir sur la tête, le visage tatoué, Mamou Sylla s'est exprimée avec l'aide d'un interprète. A ses côtés, l'une de ses filles a le menton plongé dans son col roulé blanc. La jeune femme, qui aurait souhaité que l'affaire soit jugée en correctionnelle, est sortie de la salle d'audience en larmes. « Un procès d'assises bien mené permet à chacun d'exprimer sa souffrance. Souvent dans ces cas-là, à l'issue des audiences, mères et filles peuvent enfin parler et se retrouver », observe Linda Weil-Curiel.


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