Un poème en Hommage à Ousmane Moussa Diagana dit Dembo
08-08-2007
Hommage à Ousmane Moussa Diagana dit Dembo
Par Thierno Tandia
Il y a six ans que cet hommage fut écrit et publié (en sooninke) dans les colonnes de Sooninkara, dans la douleur, il y a six ans Dembo comme nous l'appelions affectueusement- nous quitta. C'était une valeur sûre de la recherche, de la littérature, de la culture, sa disparition constitue une hémorragie. Une douleur qui mettra beaucoup de temps à cicatriser, tellement les chantiers en friches sont immenses, ainsi hélas va la vie ! Je ne peux traduire ce poème comme je le veux. Il commence par une réplique au défunt qui m'a suggéré suite à un " xaran suugi deppe " entendez un poème court que j'avais écrit, d'opter pour ce style " deppe ". Même si cette réplique est composée dans un " xaransuugi gille ", un poème long, cette forme, au mouvement ample, sied mieux pour rendre hommage à l'océan que fut Dembo. Je ne sais si le résultat est concluant.
C'est un témoignage de complicité entretenue à la lueur de " xotti sanqinton kahumande ", la reconstitution du puzzle culturel éparpillé des " kutuntan suugun do i moxondinmu " (chants et danses de circoncision) sur la cadence du " duugu deege ", c'est la danse d'honneur des futurs circoncis face au maître de cérémonie, j'ai nommé le " salindaana ". C'est le courage de " joronaane " le premier des circoncis mais aussi celui de " toqaane " le dernier qui ne frémit pas à la vue du massacre des " canmuru " prépuces. Ce courage qui augure la vie d'homme (" yugo ") complet capable d'affronter l'âpreté de la vie.
Avec Dembo, c'est le voyage dans l'univers du métissage des langues, des cultures, c'est le " deelina deelina so waawa lummbaade " pulaar qu'on retrouve dans les " kutuntan suugu ", c'est le " kuna naanbi " wolof retrouvé dans les " maañun suugu ", chants de mariage, c'est le " suraqe renme ga te sonno " maure et " banbara renme ga xañu sonno " bamana de ce même répertoire des chants nuptiaux. Ce qui fait la force et la richesse du " sooninkaaxu " (ensemble des valeurs culturelles des " Sooninko ", ainsi que leur manière d'agir et d'être au monde), c'est la symbiose, la capacité à emprunter et à digérer ce qui est venu d'ailleurs. Ceci est valable aussi pour les autres cultures.
Chaque fin d'année universitaire, j'empressais de m'enquérir des sujets de recherches des étudiants qui étaient encadrés par Dembo, embrassant beaucoup de segments culturels, ils portaient sur des sujets aussi variés que la cité mythique de " Baaraago ", la rhétorique sooninke, au parler peul dans le " Maasina ", le " pekâne " (chants épiques des pécheurs Haal pulaar), le "payka " (joutes verbales peules), les emprunts entre les langues nationales et autres, ou la symbolique des robes et des cornes dans la culture pastorale.
Ouvert d'esprit, curieux et avide de savoir, Dembo savait faire immersion dans tous ces domaines de culture, " caaxulan renme kara xangillun kira wuunu ", le petit héron a expiré (Ousmane M D, chants traditionnels du pays Soninké, l'Harmattan), mais nous te regrettons tout le temps.
Notre défi, nous autres, c'est de parachever son œuvre
Thierno Tandia
Denbo
Xaranmoxo, an wa xaransuugun munda.
Xara, an wa xaransuugu deppun munda.
Xa lenki, o na xaransuugu an da.
O na xaransuugu gillun suugu an da.
O na moxondinmun suugun suugu an da.
O na an danben do suusu hurun suugu an da.
O da danŋun sigindi xaran kaanun di.
O da jiminaheerin sigindi berellaqu.
Kaalagaru salaamaale, o ku nta a juunu ti an kaajo.
O ku wa katta o kirallan ŋa, katta saate ga o juunu.
N jaaren ga sanku, xa da a mundu.
N geserillenmen ga yoole, xa da a jaaba.
Barikatu Xunba xa yoole, Barikatu Xunba,
Hari na an kunmen haga Alijanna.
O ku da Jaara, jaara. O ku da Malle, malle.
O ku ma Denbo me wari, Sooninke Renme, Kibili me wari.
Xanne ña ñaagaare, sunpu do xati ña hollaqe.
Xaranmoxo, terinke, an ma xenqe, an xeerene ya.
Xaranmoxo, terinke, an ma xenqe, an jeemene ya.
O da kerebe mundu, joronaane Xunbo Yaasa mundu.
O da toqaane mundu, toqaane horodu walla mundu.
I da kanpiran xullun siiti, kirun do nahaadun siiti.