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Moussa et ses boubous chics

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08-01-2007

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Les boubous chics de Moussa Cissé
Dossier Spécial Mauritanie

Le jeune styliste mauritanien Moussa Cissé s’amuse à marier les couleurs vives dans ses " boubous chics ". Inspiré par la modernité et habitant Paris depuis 4 ans, il reste ancré dans la tradition, travaillant avec sa mère, teinturière soninké à Nouakchott. Un mélange à découvrir.

Avec Moussa Cissé, le chic est à la pointe du boubou. Ce jeune styliste, spécialiste de la teinture mauritanienne faite main, tisse tranquillement sa renommée sur la place de Paris. Ses créations subtiles, entre tradition et modernité, s’adressent aux hommes comme aux femmes. Ses deux collections annuelles - que des modèles uniques - s’arrachent. Il n’a jamais d’invendus. " Mes clients sont des Africains vivant à Paris et en France mais aussi beaucoup de Blanches et de Blancs qui achètent mes boubous pour les porter chez eux car ce n’est pas vraiment une tenue pour la capitale ! "

Moussa travaille les bazins et les tissus légers en coton comme les voiles. Les prix de ses créations varient en fonction de la qualité des tissus utilisés. Une n’doguette (robe d’Afrique de l’Ouest, en tissu fin cousu en deux parties : un pagne et une robe trois-quarts, ample, avec des broderies et de grandes manches) coûte entre 600-700 euros et le boubou le moins cher, autour de 230 euros. Tous les boubous de Moussa sont faits à la main. Ne lui parlez pas de machine ! Il faut donc entre six et sept mois pour coudre un boubou entier et un an pour le réaliser, teinture comprise. Ce qui explique les tarifs... Ce genre de boubou extrêmement travaillé se fait de plus en plus rare en Mauritanie. " C’est seulement pour les mariées, même si la tradition a tendance à revenir un peu ces dernières années ", regrette le jeune styliste.

Teinturière soninké

C’est de sa mère, teinturière soninké, que Moussa a hérité du goût des couleurs et du travail bien fait. Ils travaillent d’ailleurs en binôme. " Je dessine les modèles et elle teint les tissus à Nouakchott, entourée d’une vingtaine de personnes. " Sa mère est spécialiste de la teinture du voile maure, que les Mauritaniennes portent avec tant de classe et de désinvolture. " C’est ma mère qui m’a donné envie de faire ce métier, de le montrer, de le développer. A 15 ans, je faisais de la teinture à ses côtés. Ça m’a poussé à continuer dans cette voie. "

Précoce, Moussa quitte les jupes de sa mère pour créer son premier défilé à 21 ans, en 1993. A Nouakchott, il se sent un peu frustré, travaille surtout pour les ambassades. " La Mauritanie est une République islamique et quand on est styliste, il ne faut pas dévoiler les femmes, ça réduisait ma créativité ", explique-t-il. Depuis quatre ans qu’il habite Paris, il milite donc pour le boubou, ce vêtement traditionnel que " biens des Africains qui sont nés ici, ne connaissent pas ".

Explosion de couleurs

Son premier défilé parisien avait une couleur assez politique. " C’était un hommage aux veuves mauritaniennes, suite aux événements de 1989* dans mon pays. " Mais la manifestation qui l’a révélé l’année dernière au grand public, c’est l’exposition " Le Boubou c’est Chic " au musée d’Art d’Afrique et d’Océanie (Maao). Moussa y a animé tous les quinze jours pendant trois mois un atelier dédié à l’art et à l’histoire du boubou. C’est pourquoi son prochain défilé, qui aura lieu dimanche 13 avril à Paris, sera un hommage à Hélène Joubert, organisatrice de l’exposition au Maao. Moussa promet pour l’occasion une " explosion de couleurs " !

Le Mauritanien créatif se laisse porter par les tons vifs qu’il affectionne particulièrement. Des couleurs qui " tapent dans l’oeil " comme le bleu ciel, le rose ou le jaune poussin " bien flash ". " Ce sont des couleurs qui vont bien aux grandes dames. Les femmes veulent toujours se mettre en avant avec des modèles qui sortent de l’ordinaire ! " Le styliste utilise aussi la couleur traditionnelle de la teinture : l’indigo noir ou " boula kourmoudo " qui provient de la plante gara. " Mon arrière-grand-mère et ma grand-mère, comme beaucoup de femmes soninké, cultivaient cet arbuste odorant dans leurs arrières-cours, au milieu des autres plantes et des légumes. "

La plante grandit en trois mois et une fois que ses feuilles sont mûres et parfumées, elles sont cueillies, séchées au soleil et pilées. Délayées dans de l’eau, elles sont pilées à nouveau jusqu’à former une pâte compacte, pétrie en forme de pains et exposée au soleil. On délaie ensuite l’un des pains dans de l’eau et on ajoute de la cendre de bois afin que la soude facilite la préservation de la couleur bleue du liquide. " Depuis 1974, la teinture moderne, venue de Gambie et à base de produits chimiques, a remplacé la technique de la teinture traditionnelle et les femmes soninké ne sont plus seules à exceller dans l’art de la teinture. Les femmes maures, qui ne s’occupaient que de coudre et de faire les motifs et donnaient les tissus à teindre à nos mamans, font aujourd’hui la teinture elles-mêmes. " Mais avec Moussa, pas d’inquiétude, la tradition a encore de beaux jours devant elle.

*Des émeutes raciales suite à une querelle entre paysans soninkés sénégalais et éleveurs peuls mauritaniens dans le Sud aboutirent, en avril 1989, à des massacres de Négro-Africains (sénégalais et mauritaniens), alors que d’autres étaient chassés vers le Sénégal et le Mali.

par Olivia Marsaud

Source : Afrik.com


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