Ton discours se résume en quelques points :
1./ Les langues occidentales peuvent être utilisées comme langues neutres, car dans nos pays où il y a des dizaines de langues et de dialectes, on ne peut en privilégier une au détriment des autres.
2./ Cela évite des conflits comme le conflit rwandais.
Eh bien, cher ami, je ne suis pas très d'accord avec ces arguments.
D'abord, j'aimerais bien qu'on me cite un pays, ne serait ce qu'un seul pays qui a atteint un niveau de développement très satisfaisant et dont la langue de référence est une langue étrangère. Comme le dit cet article, tout développement est d'abord lié à l'éducation. L'éducation est la clef du développement d'un pays. Je suis très d'accord avec cette assertion. Les gouvernants de ces pays africains comme le Sénégal qui utilisent les langues occidentales ont beau mettre plus de 40% de leur budget national dans l'éducation, les résultats ne sont pas à la hauteur et restent toujours insuffisants. Beaucoup de jeunes échouent à l'école primaire à cause de la barrière de la langue. Le seul contact que ces jeunes ont avec la langue occidentale est l'école. Dès fois avec un seul maître pour des centaines d'élèves dans une seule classe; des élèves qui, après les cours rentrent chez eux et communiquent dans leurs langues locales, vous imaginez que cela relève de l'impossible pour beaucoup d'entre eux d'assimiler les notions basiques de cette langue étrangère sans lesquelles ils ne peuvent aller loin. Résultat: beaucoup échouent.
Je crois qu'en Mauritanie justement d'où tu es originaire, l'expérience avait été testée dans les années 80 où les langues nationales avaient été introduites dans les cursus scolaires des enfants. Au bout de quelques années, ils se sont aperçus que les enfants qui apprenaient les langues nationales dans leurs classes s'en sortaient mieux dans les concours et examens nationaux comparés aux autres enfants qui n'avaient pas choisi l'option des langues nationales. Je crois que ce programme avait été suspendu par le gouvernement raciste de Maawouya Ould Taya qui craignait que ces langues nationales telles que le Soninké ou le Pulaar ne prennent le dessus sur l'arabe. Je crois qu'il y a des gens dans ce forum qui en savent davantage sur ce fameux programme.
Comme l'a dit le sieur Tirera, dans nos pays, les gens ne refusent pas de parler la langue de leurs voisins. Quand vous allez au Fouta, vous serez surpris de voir que presque tous les soninké parlent hal Pulaar et que beaucoup de haal pulaar comprennent aussi le Soninké. Il y a même des villages où Soninké et Haal Pulaar cohabitent en paix depuis des siècles. C'est le cas à Hamadi Ounaré. Les baol baol qui sont commerçants dans nos villages comprennent aussi le Soninké. Les Soninké qui se déplacent dans les capitales parlent Woloff, Bambara. Donc, on n'est pas dans une configuration où les gens de telle ethnie refusent de parler la langue de telle autre ethnie. Il suffit que ces ethnies soient en cohabitation pour que toutes les langues soient parlées de part et d'autres. Par conséquent, l'idée de vouloir imposer une langue neutre pour soit-disant éviter des conflits n'a pas de sens.
Ce qui serait une aberration, c'est qu'on essaie d'imposer une langue nationale à toute la population de tout un pays sous prétexte que c'est la langue la plus parlée comme essayent de faire aujourd'hui les gouvernants sénégalais avec le woloff. C'est surtout ça qui peut contribuer à créer des tensions. Aujourd'hui, vous avez des mouvements qui sont formés et qui luttent pour une égalité de traitement entre les langues nationales. Si nous prenons toujours le cas du Sénégal, le woloff a tellement été imposé à tout le pays entier que même dans les médias nationaux, c'est la langue qui occupe 90% des temps d'antenne accordés aux langues nationales. En exemple, tous les jours, vous avez au moins un journal parlé en woloff présenté 2 fois alors que pour les autres langues nationales, c'est une ou deux fois par semaine. Et dans l'administration, cette langue woloff est presque imposée. Le président Wade avait même suggéré que tous les fonctionnaires parlent cette langue. Dans le parlement, après le français, c'est la langue de référence. Je crois que ce sont ces injustices là qui ne sont pas normales et qui peuvent, un jour créer des frustrations. Quand Alpha Blondy disait que dans un pays lorsqu'une seule ethnie monopolise le pouvoir pendant plusieurs décennies, c'est la guerre civile, je crois qu'il a parfaitement raison. Car, si vous regardez dans tous ces pays africains qui ont connu la guerre civile, c'est toujours en rapport avec l'exercice du pouvoir monopolisé par une seule ethnie qui refuse de partager. Ce fut le cas avec le Rwanda. Pour le cas du Sénégal, le semblant de paix qu'on a eu pendant ces quelques décennies est dû, en partie, au fait que dans la loi sénégalaise, la création de partis politiques sur la base des ethnies était interdite. Mais aujourd'hui, un autre danger guette le Sénégal et ce sont les confréries religieuses et le fanatisme religieux. Car, au Sénégal, des guides religieux ont le droit de créer leurs propres partis politiques. Du coup, on se retrouve avec un guide religieux mouride avec son parti politique, un guide niassène avec son parti, un guide tidjane avec son parti. Et les politiques courent derrière ces guides religieux comme des chiens. Imaginez si un jour un de ces guides religieux parvient à devenir président de la république. Tous ces guides religieux drainent derrière eux des milliers de fidèles, les uns plus fanatiques que les autres. Les conditions d'une confrontation entre confréries religieuses sont bien réunies.
On peut aussi se poser la question pourquoi, dans un pays comme le Nigeria, à chaque fois qu'il y a des élections, on doit s'attendre à des centaines de morts.
Non, je crois que ce qui permettrait d'éviter les conflits, c'est que les gouvernants, en plus de donner la possibilité aux populations d'approfondir l'apprentissage des langues nationales, s'assurent qu'aucune ethnie ne soit lésée dans l'exercice du pouvoir, dans la fonction publique, etc.


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