Un tournant historique pour l'OCI ...

DAKAR, 13 mars -
L'Organisation de la Conférence islamique (OCI) tient en ce moment même son onzième sommet à l'Hôtel Méridien-Président de Dakar, lieu du 6e sommet de l'OCI en 1991, aujourd'hui remis à neuf. Cette rencontre spectaculaire de la Oummah islamique, placée sous le thème "L'Islam au 21e siècle", permettra-t-elle à l'Organisation d'opérer un "tournant historique "?


LA RÉVISION DE LA CHARTE DE L'OCI
Effectivement, la révision de la Charte de l'Organisation constitue point essentiel de cette 11e conférence au sommet qui revendique la présence d'une trentaine de chefs d'Etat et souverains. L'actuelle Charte, en vigueur depuis 1972, a vu disparaître la clause "Jihad" (guerre sainte), au grand dam de Yasser Arafat, alors présent au sommet. Et depuis, elle a n'a pas connu de grands changements. Lors de la réunion préparatoire au 11e sommet, le chef de la diplomatie sénégalaise, Cheikh Tidiane Gadio, a souligné la nécessité d'adapter cette Charte aux " mutations internationales et aux exigences du 21e siècle". Du coup, les ministres ont planché sur 40 points à toiletter ou à retoucher. Mais ils demeuraient toujours divisés notamment sur le statut des nouveaux membres, la date d'entrée en vigueur de la Charte, la protection des minorités, le problème de migrations et le soutien à l'autodétermination. Malgré ces "défauts sur les bijoux", le secrétaire général de l'OCI, le Turc Ekmeldin Ishanoglu a annoncé le concensus sur la plus grande majorté des sujets et le projet portant révision de la Charte sera soumis aux dirigeants participant au sommet.
LA SOLIDARITÉ POUR RELEVER LES DÉFIS DU NOUVEAU SIÈCLE
Le très dynamique ministre sénégalais des Affaires étrangères, le dr Gadio, a invité à plusieurs reprises les pays membres à renforcer leur solidarité et à mieux se comprendre par le dialogue, afin de s'adapter aux nouvelles situations. Le leitmotiv chez les délégués, c'est le "défi". Pour les Etats membres de l'OCI, en effet, les plus grands défis à relever sont d'ordre politique, sécuritaire et économique, selon des analystes.
Force est de constater que nombre de "foyers d'insécurité" se repèrent dans l'espace des pays membres de l'OCI, avec par exemple le conflit palestino-israëlien, la brouille tchado-soudanaise, sans compter les problèmes de la Somalie, de l'Afghanistan, auxquelles s'ajoutent la crise nucléaire en Iran et la guerre en Irak.
Le chef de l'Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, qui assure la présidence de l'Organisation pour les trois prochaines années au moins, a souligné que l'OCI devra jouer un rôle plus ferme et plus actif dans le règlement des conflits au sein de l'Organisation. " Nous ne devons pas nous contenter de quelques déclarations, mais il nous faut agir pour apporter la paix au monde musulman", a-t-il martelé.
Qui dit stabilité, dit développement. Riches en ressources naturelles surtout pétrolières, les pays membres se trouvent confrontés aujourd'hui à un problème fondamental, celui de développement. Les déséquilibres de développement entre les différents Etats de la Oummah freinent leur coopération économique et leur partage du savoir technologique et scientifique.
Selon les dernières statistiques, le volume total des échanges commerciaux entre les pays membres atteint jusqu'à concurrence de 1500 milliards de dollars, alors que le chiffre d'affaires entre eux est de l'ordre de 7% seulement. Au sein de l'Organisation, on remarque les "nantis" comme l'Arabie saoudite, le Koweit et le Qatar à côté des pays qui tirent le diable par la queue, tels que la Guinée-Bissau, le Niger et le Burkina Faso. Un regard vague sur l'espace OCI permet de classer 60% des pays membres dans la catégorie des pauvres et 27 d'entre eux en Afrique.
Le Sénégal, nouveau président de l'OCI, fait tout pour amener les pays riches à aider les pays en difficulté, affirment les plus hautes autorités sénégalaises. Voilà d'ailleurs l'un des plus importants sujets au menu de la présente rencontre au sommet. Un projet spécial sera ouvert pour accompagner l'Afrique dans son développement. Le Fonds de solidarité islamique pour le développement sera renforcé à cet effet.

LA LUTTE CONTRE L'ISLAMOPHOBIE
La présente conférence au sommet a publié, pour la première fois depuis la création de l'OCI, un rapport de l'observatoire de l'OCI sur l'islamophobie, créé en 2005, afin de consolider le rôle de l'institution sur la scène internationale et de renforcer ses relations avec la Société civile.
Le but évoqué est de dissiper la panique et le malentendu chez l'Occident vis-à-vis des pays musulmans depuis le "11 septembre". C'est aussi pour réduire la distance qui sépare le monde islamique et les autres civilisations et redorer le blason de toute la Oummah islamique. Ce document propose aussi des mesures politiques à court et long termes pour contrecarrer les actes méprisants doublés de dénigrement à l'égard des musulmans.
Plusieurs délégués ont dit que l'islamophobie constitue l'un des plus grands défis pour le monde musulman. De l'avis général, la solidarité et le développement économique finiront pas corriger cet phénomène. Pour le secrétaire général de l'OCI, seuls le dialogue et le respect mutuel permettront d'avoir raison de l'islamophobie.
A l'ouverture du 11e sommet de l'OCI, jeudi, le président sénégalais Abdoulaye Wade a dit qu'un petit groupe de marginaux qui cherchent à se faire connaître ont recours aux injures et à des actes ignobles. "Ils ne méritent que notre mépris et nous devons les ignorer et nous faisons notre chemin", a ajouté le nouveau président du bureau de l'OCI dans son allocution.

UN LONG CHEMIN RESTE A FAIRE POUR L'OCI
De l'avis de certains analystes, l'OCI a fait de remarquables progrès en matière économique depuis ces cinq dernières années et son influence s'est accrue sur la scène internationale. En témoigne la présence d'un premier émissaire spécial américain à ce sommet. Mais sur le plan politique et sécuritaire, cette deuxième grande organisation intergouvernementale après les Nations unies n'a joué qu'un rôle très limité dans le règlement du conflit palestino-israëlien, face aux démarches menées par l'Union européenne, les Etats-Unis, la Russie et les Nations unies.
En outre, les déséquilibres qui affectent le développement économique des pays membres ne sauraient changer du jour au lendemain. Les pays riches sont appelés à faire beaucoup plus pour mettre sur l'étrier les pays qui accusent un grand retard dans la voie du progrès.

Signature à Dakar d'un accord de paix entre le Tchad et le Soudan
Les présidents tchadien Idriss Deby Itno et soudanais Omar Hassan el-Béchir ont signé jeudi tard dans la soirée, à Dakar, un accord visant à "mettre définitivement fin aux différends qui opposent les deux pays voisins et rétablir la paix et la sécurité dans la sous-région", a constaté Xinhua sur place.

(Photo: Xinhua)
L'accord, conclu au Palais présidentiel sénégalais, contient quatre points essentiels :

(Photo: Xinhua)
- Respect des accords précédents signés à Tripoli le 8 février 2006, à Khartoum le 28 août 2006, à Cannes le 15 février 2007 ( Déclaration) et à Riyad le 3 mai 2007;
- Appel à la communauté internationale et en particulier à la Libye, au Congo, au Sénégal, au Gabon, à l'Erythrée, à la CEN-SAD, à la CEEAC et à l'Union africaine pour prendre toutes les mesures nécessaires à la création de la Force de paix et de sécurité afin de garantir et d'observer les opérations mixtes de sécurisation de la frontière commune;
- Mise en place d'un Groupe de contact qui se réunit une fois par mois dans une des capitales des pays membres du groupe. Ce groupe est composé des ministères des Affaires étrangères des pays cités plus haut ou de tout représentant désigné à cet effet. Il est chargé du suivi, de la mise en oeuvre de bonne foi du présent accord et du monitoring de ses violations éventuelles. Il est co- présidé par la Libye et le Congo;
- Interdiction de toute activité de groupes armés et à empêcher l'utilisation des territoires respectifs (du Tchad et du Soudan) pour la déstabilisation de l'un ou de l'autre des deux Etats.
A l'issue de la cérémonie de signature de cet accord tant attendu, le ministre libyen des Affaires étrangères, Deng Aloa, a dit à Xinhua, sur le perron tapissé en rouge du somptueux Palais présidentiel, que "c'est bien la première fois que l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) et les Nations unies coopèrent en faveur de la paix entre deux pays africains et de la stabilité dans la sous-région. "Voilà un excellent accord", a affirmé le chef de la diplomatie libyenne.

Par Chen Shun et Feng Xue (Xinhua)