Université Aix-Marseille Paul Cezanne III, Conférence sur la persistance de ...
...l'esclavage en Afrique: Cas de la Mauritanie.
Témoignage de Biram Dah Abeid, défenseur des Droits Humains, membre de Sos-Esclave, Président de l’Initiative de Résistances du Mouvement Abolitionniste.
Quand on parle d’esclaves chez nous, en Afrique Saharo-Sahélienne, et précisément en Mauritanie, on entend par cela une classe qui ferme la marche de l’escalier féodal séculairement hiérarchisé de nos sociétés.
Ces esclaves sont, pour le commun des hommes de notre sous-région, et pour eux-mêmes, la propriété de gens libres qui se les transmettent par héritage ou se les partagent. Les maîtres peuvent aussi affranchir leurs esclaves en leurs concédant une attestation verbale ou écrite d’affranchissement, donc de libération.
Un maître a aussi le droit de céder un ou plusieurs esclaves pour l’occasion des naissances ou des mariages à un nouveau né ou une mariée qui lui sont chers.Les esclaves sont aussi passibles d’être gagés, loués ou tout simplement laissés libres dans tous mouvements ou activités, pourvu que les maître bénéficient de temps à autres des revenus de leur labeur.
Ces redevances sont perçues lors de rondes régulières que les maîtres effectuent aux demeures et lieux où leurs esclaves sont en activité autonome mais imposable. De toutes façons, les fondements des relations entre maître et esclave, entre anciens maître et anciens esclaves (affranchis) par le passé comme de nos jours s’articulent autour de l’inégalité immuable et de naissance, le devoir de soumission, le droit à la préséance et l’exploitation de l’Homme par l’Homme.
Ainsi, l’esclave peut être utilisé dans la cellule domestique pour le prestige et le bien être de ses maîtres, qui seraient passibles de déchéances en s’occupant des travaux ménagers, ou toutes autres activités manuelles, d’endurance, ou sous le soleil, et cela selon le code d’honneur de la société arabo-berbère.
Les esclaves et les affranchis peuvent, en général, être affectés comme métayers, sur les domaines des féodalités terriennes qui s’arrogent pour elles seules, et jusqu’à nos jours, le droit à la propriété foncière en Mauritanie.Un maître peut aussi astreindre une ou plusieurs femmes esclaves au droit de cuissage que lui confère la version locale du code musulman Malékite.
Par cette close de la charia malékite, l’assouvissement du désir sexuel des suzerains s’auréole de sacralisation et ne requiert ni le consentement des esclaves, ni de limites concernant l’âge ou le nombre de celles-ci. De même, une partie des esclaves sont souvent affectés au gardiennage et soins du bétail appartenant aux maîtres.
Il faut aussi souligner que l’esclavage, en tant qu’idéologie, institution sociale, et système de rapport inter-sociétal a marqué de son empreinte l’évolution de l’Etat mauritanien de tout temps et ce rapport d’interdépendance existe encore aujourd’hui. De ce fait, les élections dites les plus démocratiques en Mauritanie (2006-2007) se sont caractérisées par la consécration d’une classe de grands électeurs : les aristocraties tribales et religieuses, donc les grands propriétaires de terres et d’esclaves.
Ces privilégiés, non sans complicité des pouvoirs publics utilisent l’idéologie et les liens de l’esclavage et le pouvoir économique que leur confère la propriété foncière qui leur est réservée, pour faire chanter et voter des dizaines de milliers d’esclaves et/ou anciens esclaves à leur propre profit.


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