Bonsoir
Je pense, en ce qui me concerne, que l’évolution des habitudes alimentaires en pays soninké n’est pas consécutive qu'à l’émigration/l’immigration. En ce sens, il faut, en plus de cet aspect, tenir compte des conditions climatiques et de l’introduction de nouveaux produits depuis la période coloniale. Ces facteurs ont joué un rôle déterminant dans l’évolution des habitudes alimentaires des Soninkés.
Pour parler des facteurs climatiques, il faut noter qu’avec la sècheresse qui avait sévi dans les années 1970 dans le Sahel et qui a en conséquence ouvert les voies à l’agriculture irriguée avec l’introduction de la riziculture dans la vallée, nous assistons à des nouvelles habitudes alimentaires. Les cultures sous pluie et de décrue, qui permettaient aux gens de la vallée du fleuve Sénégal, dont sont originaires les Soninkés, de cultiver des espèces comme le mil (yille), le sorgho (sooge), le petit mil (feela) se raréfient. Le riz a aujourd’hui supplanté toutes ces espèces à travers le pays soninké. En conséquence, la préparation des plats qui se faisaient à partir du mil, du sorgho, du petit mil se sont raréfiés. Le suure, le sonbi, le ñecce, plats faits à base des espèces citées plus haut, ne se font aujourd’hui que vraiment de façon exceptionnelle. Le riz s’invite aujourd’hui à presque tous nos plats quotidiens. Une famille soninkée, aussi bien en Afrique qu’en contexte migratoire, qui reste une semaine sans faire le riz au poisson (maaron do ñexe) relève de l’exception. C’est en ce sens qu’un nostalgique du futo et, peut-être, du dere aussi, avait confié à Adrian Adams que : « C’est le couscous qui fait vivre notre pays, délaisser le mil, le sorgho, le maïs pour le riz serait un désastre »[1]. Pour récapituler ce premier point, on comprend très aisément que la péjoration des conditions climatiques, dont les conséquences sont, en autres, l’introduction d’autres cultures en pays soninké, sont aussi à l’origine des changements des habitudes alimentaires chez les Soninkés. Je répondais à ta dernière question consécutive aux jolies réponses de Makalou.
Quant aux changements des comportements alimentaires chez les Soninkés en immigration, cela s’explique effectivement et comme l’a si justement développé aussi Makalou du manque du temps, la préparation des plats africains exigeant beaucoup de temps. À tout cala, il faut aussi ajouter que l’influence des habitudes alimentaires des autres communautés sociolinguistiques en France, est telle que les Soninkés ont intégré d’autres habitudes sur ce point. Ils essayent de varier leurs plats, etc. Notons également qu’en Afrique ce sont les femmes qui cuisinent. En France et vu que tous les hommes Soninkés ne sont pas en famille et ne pouvant pas cuisiner les plats africains, moi en premier, on est souvent obligé de manger dans les restaurants qui ne préparent pas toujours les plats soninkés. Une autre source de changements des habitudes alimentaires est que ce ne sont pas toutes les filles soninkés nées ou ayant grandi en France qui peuvent faire les plats africains. Dans ce cadre, on est obligé de recourir à d’autres plats plus simples et plus adaptés à la gestion du temps et aux mœurs de la société française. Je suis fatigué, je peux revenir sur ce sujet quand j’aurai un autre petit moment incha Allah. Car il y a vraiment de quoi à dire à travers ce sujet. Bien à toi.
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[1]. Adrian Adams, La terre et les gens du fleuve, Paris, Harmattan, 1985, p.150.


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