Bonjour
Pour ajouter une autre pièce à ce dossier associatif et même s’il est rare de voir le volet « culture » au cœur de certaines associations comme l’a dit Fodyé, l’on ne doit aucunement occulter, au risque d’être réducteur dans le raisonnement, la place des structures créées en l’espèce dans la situation d’immigration, tant elles participent de façon active au combat pour la promotion et la sauvegarde des valeurs socioculturelles soninkées. Dans tous les pays où il y a une forte concentration soninkée, des associations ont été créées pour venir à bout de tous les problèmes. Que les pays d’immigration soient en Afrique (Congo, Gabon, Côte d’Ivoire, etc.), aux Etats-Unis d’Amérique, ou en Europe, notamment en France, les Soninkés se sont constitués en associations aux fins d’affermir leurs rangs, mais aussi de s’occuper de leur avenir culturel et linguistique au sein des majorités et par rapport aux institutions qu’ils sont amenés à côtoyer par la force des choses. Cet état esprit qui préside à la création de ces associations dans la situation d’immigration est parfaitement résumé par Carmel Camilléri :
Effectivement en France, pays d’immigration par excellence des Soninkés, les associations sont légion. Face aux affres de l’immigration et à la forte demande identitaire qu’elle suscite, les Soninkés, comme d’autres populations, se sont constitués en associations pour venir à bout des innombrables défis qu’ils ont à relever. Presque les ressortissants de chaque village, de chaque ville ou de chaque pays ont mis sur pied un cadre associatif leur permettant de venir non seulement en aide aux régions d’origine, mais aussi de s’exprimer et de promouvoir leur altérité."L’expression identitaire la plus fréquente à ce niveau est l’association ethnique ou communautaire. Dans l’immigration, les associations représentent pour les communautés un des éléments de ressourcement identitaire les plus élémentaires : la possibilité de parler sans contrainte dans la langue d’origine, les informations qui d’y échangent sur le pays d’origine, les mariages ou les idylles qui s’y nouent, les activités folkloriques dans lesquelles on investit les enfants (…) sont autant de manières de vivifier périodiquement l’identité nationale ou régionale d’origine".
Parallèlement à ces associations régionales, villageoises ou nationales, d’autres à grande échelle ont été élaborées et dont les objectifs sont propres à aider les immigrés soninkés à faire face aux problèmes administratifs et à promouvoir leur langue et leur culture dans un contexte d’immigration. La plus célèbre de toutes ces associations est sans conteste aujourd’hui l’Association pour la promotion de la langue et de la culture soninkée : l’A. P. S. Créée en 1979 par les étudiants et les travailleurs de toutes les régions soninkées basées en France et reconnue officiellement comme association loi 1901 en Septembre 1983 , l’A.P.S se donne comme mission de maintenir les immigrés soninkés dans leur culture, et dans leurs droits au regard des lois du pays d'acceuil.
Comme son nom l’indique, l’A.P.S. permet aux Soninkés de par l’hexagonal de se connaître et de faire connaître leur culture dans un contexte d’immigration et de choc culturel. Elle permet de mettre en place les matériaux nécessaires et adaptés pour une meilleure diffusion de la culture soninkée. C’est pourquoi, et sachant qu’on ne peut pas aimer et intégrer son identité sans connaître ce que Amin Maalouf appelle la « langue identitaire », les membres de ladite association ont mis en place des cours d’alphabétisation pour permettre aux jeunes soninkés nés à l’Hexagone et même à certains chercheurs occidentaux travaillant sur les questions soninkées de posséder la langue, outil important pour une meilleure maîtrise de l’univers soninké dans sa complexité. Nombreux sont les enfants qui ont pu nouer le contact avec leur culture par cette alphabétisation. Elle ne cesse, malgré tous les problèmes financiers et matériels qu’elle traverse ces dernières années, de faire jour après jour ses preuves. Diadié Soumaré en présentant l’A.P.S dans le premier numéro de Sooninkara a bien résumé, en 1988, les objectifs qu’elle s’est fixés dès le début :
Elle a à son actif plusieurs réalisations dont une émission radio sur les ondes de 106.3 de France Paris plurielle (F.P.P.). Au début l’émission ne durait, aux dires de certains informateurs, qu’une trentaine de minutes. Aujourd’hui, elle dure deux heures et trente minutes tous les samedis de dix sept heures à dix neuf heures et trente minutes pendant lesquelles les uns posent des questions par voie téléphonique et les autres y répondent. Les Soninkés appellent de partout : qui posent des questions, qui répondent, qui développent tels ou tels autres aspect de la culture soninkée, qui expliquent comment procéder à une démarche administrative entre autres sujets abordés. Elle est en ce sens devenue une caisse de résonance pour tous les immigrés soninkés en France. Dans tous les cas, elle permet le rapprochement entre les Soninkés des différentes régions et créent une sorte de symbiose entre eux. Depuis un certain temps, certains jeunes soninkés en France viennent animer le débat le samedi, ce qui dénote l’intérêt qu’ils ont pour leur culture et leur langue. Dans ce contexte de crise identitaire que traverse la France, il est évident de voir des jeunes soninkés, entre autres, recourir à leur culture d’origine pour s’affirmer et se sentir moins exclus par le système discriminant."En ce qui concerne les enfants soninkés nés ici en France et qui par l’école, entre autres, s’imprègnent de la langue et du modèle français, l’A.P.S. est convaincue que la connaissance de la langue maternelle et une sensibilisation à la culture d’origine sont d’un grand intérêt pour leur personnalité, pour leur développement affectif, pour l’établissement de rapports authentiques entre eux et leurs parents, pour leur scolarité même et pour leur vie de tous les jours. L’ A.P.S. fait sienne l’idée que la connaissance de la langue maternelle et la sensibilisation de la culture d’origine sont des facteurs d’ouverture à « l’autre », à d’autres cultures. C’est pourquoi son action consiste aussi à donner un enseignement en soninké aux enfants pour leur faire acquérir des bases solides en expression orale et les sensibiliser aux valeurs véhiculées par leur culture d’origine."
Au total, les associations culturelles soninkées en France, comme ailleurs, œuvrent pour une meilleure intégration des Soninkés et leur permettent de magnifier leur culture pour qu’elle soit accessible aux enfants qui sont nés ou ayant grandi hors des régions d’origine. Elles donnent par la même occasion des garanties à toute la communauté immigrée soninkée en France. L'association soninkara.com, la première vitrine virtuelle du monde soninké, en est une parfaite illustration. Bien à tout le monde.


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