IBN KHALDOUN
Né à Tunis en 1332, Ibn Khaldoun descend d'une famille arabe yéménite établie en Andalousie dès le VIIIe siècle, puis émigrée à Tunis.
Lettré, il passe une partie de son existence mouvementée à la cour Mérinide, remplissant diverses fonctions politiques, plus ou moins éphémères, auprès des sultans de Tunis et de Fès – ce dernier a pour Premier ministre l'écrivain Ibn al-Khatib, avec lequel Ibn Khaldoun entretiendra longtemps des relations de rivalité amicale –, puis du souverain de Grenade.
L'observateur du pouvoir
Ses multiples fonctions lui donnent l'occasion d'étudier de près les phénomènes de désagrégation politique et sociale qui touchent le Maghreb et l'Andalousie de l'époque.
Lassé par les intrigues politiques, il se réfugie pendant quatre années, avec sa famille, auprès de la tribu d'Awiad Arif, dans l'actuelle ville de Frenda en Algérie, et se consacre à l'écriture de son principal ouvrage: Muqaddima (Prolégomènes ou Discours sur l'histoire universelle).Ibn Khaldoun, malade, doit quitter son refuge. Rentré à Tunis, il se consacre à la seule rédaction de son ouvrage historique, mais devient à nouveau l'objet de suspicion de la part du pouvoir.
L'enseignant et le juge
En 1382, Ibn Khaldoun obtient l'autorisation d'embarquer pour l'Égypte, officiellement afin d'effectuer un pèlerinage à La Mecque. Il reste quelque temps à Alexandrie puis se rend au Caire; l'historien écrit à propos de cette ville qui le fascine: «Celui qui ne l'a pas vue ne connaît pas le pouvoir de l'islam.»
L'interlocuteur de Timour Lang
Il est très vite nommé par Barquq – le nouveau dirigeant de l'Égypte – professeur à l'université de Qamhiyah; puis devient, cinq ans plus tard, premier juge du rite maliki, l'un des quatre rites reconnus par l'islam sunnite. Sa famille est autorisée à venir le rejoindre, mais elle périt dans le naufrage du bateau qui l'amène à Alexandrie. Ibn Khaldoun prend son rôle de juge très au sérieux, voulant mettre un terme aux abus perpétrés par le pouvoir judiciaire. Il est finalement démis de ses pouvoirs, mais exercera de nouveau cette fonction pendant une année, à la fin de sa vie.
L'historien obtient une nouvelle chaire, ce qui lui permet de continuer d'écrire et de voyager à travers l'Égypte. Il se rend également à Damas et dans les villes saintes de Palestine, afin de parfaire ses connaissances sur le monde arabe. Bien qu'il intervienne dans une révolte de palais soulevée en 1389, Barquq ne lui en tient pas rigueur, et Ibn Khaldoun peut continuer de mener une existence paisible, jusqu'à ce que Timour Lang et sa horde victorieuse envahissent la Syrie, en 1400.
Faraj, le nouveau sultan d'Égypte emmène Ibn Khaldoun et d'autres notables avec lui, afin de rencontrer Timour Lang; puis l'armée égyptienne se retire, laissant le vieil homme dans Damas assiégée. Ibn Khaldoun consacre toute sa sagesse et son savoir-faire à séduire le féroce conquérant qui le traite avec respect. Celui-ci, rêvant probablement d'autres victoires, demande une description précise de l'Afrique du Nord, fournie par l'historien dans un rapport écrit détaillé. Damas sera détruite, mais Khaldoun obtiendra ainsi de Timour Lang que les gardiens de la cité aient la vie sauve et que lui-même puisse rentrer en Égypte; il sera dépouillé par les Bédouins pendant son voyage de retour. Ibn Khaldoun meurt au Caire en 1406.
Une méthode historique
L'intention première d'Ibn Khaldoun est d'écrire une histoire universelle des Arabes et des Berbères. Mais il veut d'abord établir une méthode capable d'établir les critères de la vérité historique. En définitive, l'historien va plus loin encore en définissant «la science de la culture», explicitée comme l'étude de la société humaine et des problèmes provoqués par les transformations sociales, dont la succession aboutit finalement à définir précisément la nature d'une société.
La mise en relation de l'historique et du social
L'ouvrage Muqaddima constitue une préface à l'œuvre fondamentale, Histoire des Berbères, en sept volumes, dans laquelle Ibn Khaldoun expose comment et pourquoi l'historien doit prendre la société humaine comme objet de ses investigations; ses observations concernent l'historiographie, l'économie, la politique et l'éducation, reliées entre elles par le concept de «cohésion sociale», conduisant à la constitution de tribus et autres types de groupes, dont l'idéologie religieuse peut être un facteur d'accroissement; celle-ci est en effet, selon Ibn Khaldoun, le point de force qui légitime le pouvoir des dirigeants. L'affaiblissement de ces derniers s'avère inévitable dans le temps, du fait de la combinaison de facteurs psychologiques, sociaux, politiques et économiques, conduisant au déclin d'une dynastie ou d'un empire; lesquels seront remplacés par d'autres, possédant une plus forte cohésion sociale.
Ibn Khaldoun amorce une réflexion sur les heures de gloire et les périodes de déclin dans l'histoire des Arabes, largement alimentée par sa propre expérience dans les cours du Maghreb.
Cet historien a su le premier mettre en relation les changements historiques et sociaux considérés, à l'époque, comme totalement indépendants. Il considère l'évolution d'une société selon une courbe exponentielle vers son apogée, puis son déclin. Toutefois la mort de ses parents à la suite d'une épidémie de peste (1349) le conduit à penser qu'il a été le témoin de l'un des «événements pivots» de l'histoire, c'est-à-dire un événement à l'occasion duquel se met en place un changement des conditions, comme s'il y avait une nouvelle création, un monde amené vers une existence renouvelée. La peste est donnée comme fait primordial ayant eu un impact sur la société musulmane; mais l'historien est, en outre, conscient de l'importance de l'invasion mongole et du développement contemporain de l'Europe.
La traduction de Muqaddima en turc fut effectuée au XVIIe siècle et c'est seulement à partir de 1860, lorsque fut accomplie une traduction complète de son œuvre, en français, que ce grand historien fut considéré comme l'un des fondateurs de la sociologie et de l'économie politique.


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