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Migrations

Métissage ou digestion ?

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29-03-2007

Imagepar Jean-Louis Sagot-Duvauroux

« Dis-nous d’où tu viens ? » Que se joue-t-il lorsqu’une institutrice bien intentionnée pose cette inévitable question au petit Mamadou, né à Montreuil, dans une famille d’origine africaine ? À partir de cet exemple, Jean-Louis Sagot-Duvauroux analyse les pièges du métissage culturel et de l’identité des jeunes Noirs de France. Un texte cinglant, politique, excellente introduction à son passionnant essai On ne naît pas Noir, on le devient. 
  
L’enfant naît à Montreuil, dans la périphérie parisienne. Son père le prénomme Mamadou. Mamadou Diawara. À la maison, la langue qui prédomine est la langue du village originel, la langue soninké. Le soninké n’est pas sans gloire. Au premier millénaire de l’ère chrétienne, il a été l’idiome du puissant empire du Wagadou, également appelé Ghana. Au temps où les Barbares dépècent l’empire romain, le Wagadou tient l’Afrique de l’Ouest dans la paix et la prospérité. Le soninké n’est pas non plus sans perspectives contemporaines. Il est largement parlé dans les villes et les villages de la vallée du fleuve Sénégal. De l’autre côté de l’Équateur, à Poto-Poto, immense marché de Brazzaville, si tu parles soninké, tu es chez toi. Le soninké, tu l’entends sans peine sur les lignes du métro parisien qui ramènent les travailleurs dans les cités des banlieues pauvres. C’est aussi une langue qui peut servir quand on prend un taxi à New York. Mais tout ça ne va pas suffire. Lorsque le petit Mamadou Diawara commence à parler, ce n’est pas dans la langue qui prédomine à la maison, mais dans celle de la crèche et de la télé. En français. Devant ses parents déçus et médusés, Mamadou Diawara interrompt sans retour le fil linguistique qui reliait son père à son lointain pays. Il s’engloutit dans une autre lignée, ou plutôt il est englouti par elle, relié par elle non plus à Koumbi Saleh, la capitale disparue du Wagadou, mais à Rome et Lutèce. De Mamadou Diawara, on dira communément qu’il est un « métis culturel ».

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Note de lecture : Abdelmalek Sayad, La double absence. Des illusions aux souffrances de l’immigré.

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24-03-2007

Par Véronique Petit  :  Maître de conférences, Université de Paris VIII

SAYAD Abdelmalek, La double absence. Des illusions aux souffrances de l’immigré. Préface de Pierre Bourdieu. Paris, Seuil, 1999, 448 p., ISBN 2-020385-96-1.

Sayad est décédé avant d’avoir pu achever le choix et l’organisation des textes qu’il voulait voir (re)paraître afin de rendre une cohérence à l’ensemble de ses analyses sur l’immigration / émigration à partir de l’exemple algérien, thème qu’il approfondira durant toute sa vie. C’est à Pierre Bourdieu qu’il confia son manuscrit avant de mourir et le soin de mener à terme l’objectif qu’il s’était fixé. La courte préface de ce dernier est suivie de treize chapitres qui reprennent des publications antérieures de Sayad, de 1976 à 1995. Les textes ne sont pas présentés selon un ordre chronologique mais selon un axe plus thématique qui rend compte de la forte cohérence de la pensée de Sayad. Une bibliographie complète de ses œuvres est également présentée. Soulignons d’emblée que les textes de Sayad se lisent avec plaisir en raison d’un style limpide, de la pertinence du choix des extraits d’entretiens qui donnent vie et relief à ses analyses.

Dans les premiers chapitres, l’auteur s’attache à construire l’émigration algérienne en tant qu’objet sociologique. À partir du récit d’un émigré kabyle, il rend compte des causes de l’émigration, de l’image de la France en Algérie, des logiques familiales et individuelles, des filières villageoises communautaires, des multiples difficultés de la vie en France. Il met en place les liens qui se tissent entre ceux d’ici et ceux de là-bas. La vie au village, les statuts des individus se définissent progressivement par rapport à l’émigration. Il identifie les éléments et les temps constitutifs de la vie d’un émigré.

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Vieillir en immigration

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24-03-2007

Ce texte n’est pas le résultat d’un travail personnel. Il doit beaucoup aux recherches et à la réflexion commune que nous avons entretenues pendant des années avec Abdelmalek Sayad. C’est lui, plus que moi, qui aurait dû lui donner une forme définitive.

Les mots parlent d’eux-mêmes, et soulignent la contradiction, voire l’absurdité du propos. L’immigration n’est-elle pas, par définition, une situation transitoire, liée à une activité professionnelle, et, par suite, à l’âge adulte, celui qui permet l’exercice de toute activité. C’est, en tout cas, l’idée contenue dans l’expression couramment utilisée de « travail immigré », que ce travail soit seulement saisonnier, temporaire ou qu’il soit « permanent1 ». En France la délivrance de la carte de séjour a été longtemps liée très immédiatement au contrat de travail ; et la notion même de titre unique de séjour, plus récemment introduite en France, suppose encore aujourd’hui cette confusion. Elle est telle que l’absence, même momentanée, de travail peut être considérée comme parfaitement anormale, et que l’immigré qui en est victime peut être amené à repartir dans son pays d’origine, parfois même sous la contrainte, sa présence ayant perdu toute justification. Cette liaison est un phénomène somme toute assez fréquent, qui n’est d’ailleurs pas particulier à la France et qui se traduit parfois par des retours massifs à certains moments. On pense par exemple aux travailleurs asiatiques recrutés au XIXe siècle aux États-Unis pour la construction des chemins de fer. On pense aux travailleurs recrutés dans les États arabes du Moyen-Orient, et que l’on refoule dès que le travail vient à manquer. Plus près de nous (géographiquement s’entend), on pense aux travailleurs polonais recrutés en France dans les mines et la sidérurgie au début des années vingt, et que l’on renvoie par trains entiers quelques années plus tard, en 1934-35, quand la grande crise économique provoque dans ces secteurs d’activité un important chômage. Cas remarquables, mais on pourrait en citer bien d’autres.

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Emigrés - immigrés : vieillir ici et là-bas

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24-03-2007

par  Claudio Bolzman , Rosita Fibbi  et  Michelle Guillon

Dans les pays développés le vieillissement de la population concerne aussi les immigrés ; c’est surtout vrai en Europe occidentale, où de nombreux travailleurs ont été recrutés hors des frontières pendant les décennies de la croissance et arrivent à l’âge de la retraite. Parce que les immigrés étaient globalement plus jeunes que les populations nationales, et aussi parce que le retour de ces travailleurs dans leur région d’origine pour, comme Ulysse, « vivre entre ses parents le reste de son âge »1 apparaissait à tous, immigrés et habitants des pays d’accueil, comme une évidence, ce thème a été largement négligé jusqu’à un passé récent. Il est aujourd’hui abordé comme un phénomène nouveau. Pourtant d’autres vagues migratoires ont précédé celle, massive, de ces décennies prospères, et déjà nombre de mineurs polonais, de tailleurs juifs, de maçons italiens, d’ouvriers agricoles espagnols… ont vieilli et sont morts en Allemagne, en Belgique, en France, en Suisse, pays où vivent leurs descendants. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’installation d’une partie des immigrés est durable, et que le processus de leur incorporation dans leur nouveau pays s’étire sur un arc temporel qui se décline en générations et non pas en années. Est-ce l’absence de mémoire sur les phénomènes migratoires qui explique la « redécouverte » de la question depuis le début des années quatre-vingt-dix, constatée par la note documentaire publiée à la fin de ce volume ? Ou bien la comparaison a-t-elle perdu son sens alors que les conditions de la vieillesse ont tant changé ? La durée de la vie s’est allongée, l’État-providence est venu relayer ou au moins soulager les familles dans la prise en charge de leurs ascendants (régimes de retraite, prise en charge des soins, systèmes d’aide sociale), enfin le développement des transports facilite la double résidence et le va-et-vient des vieux immigrés entre leur espace d’installation et leur espace d’origine. C’est autour de ces questions que s’organise le dossier rassemblé par la REMI.

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La vacance comme pathologie de la condition d’immigré

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21-03-2007

Le cas de la retraite et de la pré-retraite

L’homme sain ne se dérobe pas devant les problèmes que lui posent les bouleversements parfois subits de ses habitudes, même physiologiquement parlant ; il mesure sa santé à sa capacité de surmonter les crises organiques pour instaurer un nouvel ordre.

C. Canguillhem, Essai sur plusieurs problèmes concernant le normal et le pathologique, 1943, p. 123.

L’immigration, en sa forme actuelle, réalise sur la terre d’immigration (c’est-à-dire au sein de la société d’immigration) un mode de présence très particulier, et, pour le moins inconfortable, cet inconfort étant partagé par tout le monde.

1) Il est partagé par la société d’immigration qui voit s’installer en elle, à demeure, de manière permanente, presque au même titre que la population nationale, une population immigrée, c’est-à-dire une population étrangère, qui, idéalement, n’a à être là qu’à titre provisoire, pour des raisons de travail. C’est toute la vie des immigrés qui est, directement, pour les travailleurs eux-mêmes, ou indirectement, pour les membres de leurs familles — ces autres « immigrés », jeunes ou adultes qui sont comme des « ayants droits » à l’immigration, même quand ils n’ont émigré de nulle part, en raison de l’immigration du travailleur, cette immigration-ci donnant son sens à cette immigration-là qui en dérive —, subordonnée au travail, le seul alibi légitime qui soit de la présence, ici, de l’immigré et aussi, corrélativement et solidairement (car ce qui est vrai dans un cas l’est aussi dans l’autre cas), de l’absence, là, de l’émigré.

2) Le même inconfort est partagé aussi par la société d’émigration qui voit se détacher d’elle, pour longtemps (si ce n’est pour toujours), et tels des lambeaux voués à l’errance, des morceaux entiers d’elle-même (individus et familles), et qui assiste de la sorte, sans pouvoir en conjurer les effets, à sa véritable décomposition.

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