Nous le connaissions chimiste et hydrochimiste qui passe son temps à chercher comment étancher la soif des hommes. Voilà que nous le découvrons homme de lettres, toujours porté à assouvir nos envies. Bakari Mohamed SEMEGA, puisque c’est de lui qu’il s’agit, vient d’enrichir le paysage littéraire mauritanien d’un roman ; un coup d’essai à saluer comme un chef d’œuvre.A en juger d’emblée par le titre, la Vierge du matin(1), le lecteur ne pourra être que séduit par sa littérarité et son éloquence. Mais le meilleur est ailleurs ! Il faut, en effet « briser l’os pour en sucer la substantifique moelle », car la Vierge du matin est avant tout une œuvre dialogique, polyphonique, un palimpseste dans lequel on lira par strates tout un pan de la société soninké et au-delà de nombreux peuplements de l’ouest africain.
En partant d’une problématique aussi universelle que celle de la stabilité, B.M SEMEGA fait de l’humaine condition un motif d’écriture qui nous amène à nous poser des questions longtemps restées sans réponses : qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Certes, l’homme demeure cet inconnu. Sinon comment les populations de Guidinméra, théâtre des affres de Madigui(2), l’héroïne (l’anti-héroïne) pourraient-elles vouer aux gémonies les parents de celle-ci, pour ne l’avoir mise au monde que plusieurs années après leur mariage ? Comment ces mêmes populations auraient-elles pu placer sur le piédestal ce même couple quand il a semé le grain ? Pourquoi et comment Madigui passe de la lumière aux ténèbres, de l’innocence à la cruauté, de l’amour à la haine ?

Oui, nous insistons, la Vierge du matin est une œuvre que le lecteur pourra savourer à travers divers sentiments, des rancœurs, et de multiples visages, couleurs et sensations.
1.Edition Société des Ecrivains, Paris, 242pages, prix 17€
2.Madigui, c’est un nom motivé, signifiant en soninké on ne l’espérait pas, parce qu’elle est née 18ans après le mariage de ses parents.


