|
Page 7 sur 14 Le 11 nov 1886, le lieutenant-colonel Joseph Simon-Galliéni arrive à Bakel à bord du Salamandre un aviso battant pavillon français, il est envoyé pour la 2è fois dans le haut Sénégal par le Général G Borgnis-Desbordes, en remplacement de Frey dont les "méthodes" sont timidement décriées à l'Assemblée Nationale. C'est "l'homme providentiel" du général qui doit "rétablir la situation désastreuse pour l'influence française dans cette région", juste après la ratification générale du traité de Berlin le 19 avril 1886. Dès son arrivée, il déploie une intense activité militaire entre le 16 nov. et le 10 déc.1886. Il donne des consignes précises à ses troupes composées de 108 Européens, 445 Africains qu'il arma désormais de nouveaux fusils kropatscheks à répétition rapide (qui remplacent les fusils Gras) et de nouveaux canons de 80 mm et 65 mm (qui remplacent ceux de 75 mm). On distribue 120 cartouches par fantassin, 60 par cavalier, 36 par homme armé de revolver. L'Afrique est-elle devenue un champ clos d'expérimentation des nouvelles armes et des nouvelles techniques de combat pour les Européens ? On peut au vu de l'armada français déployé à Bakel répondre par l'affirmative. En tout cas, la logique d'expansion coloniale exige la "liquidation" rapide de toutes les oppositions africaines à la pénétration coloniale au vu de la concurrence acharnée dans "la course à la colonie" que se livrent les Européens en particulier Français et Anglais dans la zone. L'objectif de Galliéni est donc clair, il consiste tout d'abord à en finir rapidement avec cette épine gênante au pied que constitue le marabout soninké, avant de poursuivre son avancée vers de plus grandes et plus glorieuses proies que constituent Samori et Ahmadou. Il décide l'envoi de deux colonnes vers Diana capitale de Mamadou Lamine Dramé dans le Diaxa et qui doivent y faire leur jonction le 25-12-1886 très précisément. L'une sera dirigée par lui-même à partir d'Aroundou, où il s'installa dès le 19 nov., et fera escale à Sénoudébou (Sénoudébou est déjà fournie secrètement en armes, munitions et ravitaillement) D'Aroundou, il ruse déjà avec Ahmadou à qui il a néanmoins envoyé des cadeaux via ses anciens amis de Nango, tout en épiant les espions du Toucouleur sur la rive droite venus l'espionner eux aussi... L'autre colonne sera dirigée par le commandant Vallière, elle se rendra discrètement à Diamou à quelques dizaines de kilomètres à l'est de Kayes et passera par le village de Bontou (ravitaillé tout aussi secrètement que Sénoudébou) sans éveiller la curiosité ni des Soninké du fleuve, ni de Ahmadou. Deux espions serviront d'éclaireurs en sillonnant le Boundou et le Bambouck jusqu'à Diana comme simples explorateurs, il s'agit des capitaines Quiquandon et Bonaccorci. Le 25-12 Galliéni est devant Diana, Vallière également, malgré un retard initial considérable dû à un trajet chaotique. Mais au grand désespoir du commandant supérieur du haut Sénégal, la capitale du marabout a été abandonnée précipitamment le 24, la nouvelle de l'arrivée des deux colonnes n'était pourtant parvenue au prophète que très tard... C'est la mort dans l'âme, qu'il quitta Diana pour Toubakouta, abandonné semble t-il, par de nombreux partisans effrayés par la confrontation avec les Blancs, à qui il avait promis que jamais ces derniers ne viendraient le chercher dans ce pays. Galliéni envoie une colonne volante dirigée par le capitaine Robert à la poursuite du marabout en direction du Niani, celle-ci a été attaquée par les talibés non loin de Kagnibé le 27 décembre. Elle a été obligée de battre en retraite. Sur le chemin du retour, la colonne capture 17 femmes de la suite marabout, elles seront réparties entre les spahis. Galliéni déçu, repart dès le 2 janvier pour le fleuve après une mission qu'il considère comme un échec personnel. De son côté, Ahmadou veut retrouver son autorité bafouée dans les pays soninké que sont le Guidimaxa et surtout le Jafunu. Il intervint en personne contre Souayibou à Gori qu'il assiège de décembre 1886 à avril 1887, avec comme base arrière Kérani situé au sud-est de Koniakary. Après plusieurs tentatives infructueuses, Souayibou et ses fidèles tentent une ultime et héroïque sortie de nuit par deux portes forcées en même temps contre les soldats toucouleurs. Ils se retrouvent comme prévu hors du village dans la savane et foncent en direction du fleuve. Mais, sur le fleuve, de Tuabou à Diamou les Français veillent à tout mouvement de troupes. Galliéni a déjà envoyé une lettre d'intimidation à tous les villages tant du Gajaga que du Bamouck, du Diakha et des autres royaumes jouxtant la Gambie, le Sandougou et le Niériko. Sur le fleuve, le lieutenant Reichemberg veille sur Médine et Kayes et est prêt à "châtier" toute connivence avec Souayibou. Ce dernier, échappé à Gori est poursuivi en vain par Amadou Omar Elimane un commandant d'Ahmadou. Le fils du prophète couvre semble t-il d'un trait les 150 km de route qui séparent Gori du fleuve.
|