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Page 4 sur 14 Après sa victoire sur le Boundou, Mamadou Lamine Dramé s'installe à Koughani à 9 km de Bakel. Cette fois-ci le commandant Lefranc lui envoie, ce même 13 mars, une troupe de 87 hommes dirigée par le capitaine Joly pour lui enjoindre de disperser ses troupes, Mamadou Lamine est prévenu secrètement par Alpha Séga interprète à Bakel. Le marabout tend un piège aux soldats français au gué de Sassi Maxana et réussit à battre la garnison (10 morts côté français dont deux officiers et 36 blessés ; et 150 morts côté marabout selon le rapport français). Un canon est abandonné sur le champ de bataille. Alors, se répand dès le 14 mars 1886 comme une traînée de poudre la nouvelle de la victoire de Malamine, l'enfant prodige du soninkara sur les Blancs, en même temps que germait le mythe de son invincibilité... On raconte partout qu'il est capable de faire fondre les boulets de canon des Toubabs en les transformant en eau ou en glace, ce coup de tonnerre vient renforcer une renommée déjà bien établie de prestidigitateur même chez les animistes, grâce au "karamâ" (ou mukhadama en soninké) un livre saint dont les versets servent à maîtriser le surnaturel. Après Koughani, il se rend une nouvelle fois chez Sina Hawa Boubou Sa Diabé le Tunka du Goye à Tuabou, petit fils de Samba Khoumba Jaama, pour lui demander de l'aider plus concrètement. Ce dernier jusque là sceptique accepte après la victoire de Koughani qui a grisé le marabout et enflammé la jeunesse de tout le Soninkara. Les jeunes loups de Tuabou ne sont pas en reste, ils demandent à leur Tunka de céder aux sollicitations pressantes du marabout et de lui donner une armée, mais en guise de réponse le vieux sage leur lança : "Si une pintade doit mourir dans une battue, elle n'entendra pas le son des tam-tams de cette battue (kenné nga kalla wallé bé, an ta ken wallé daghu mukku) ; La légende prétend que Sina Hawa est mi-homme mi-Jinn... un clairvoyant dont la vision transperce le temps... Par ce refus initial les Français lui épargneront la vie bien qu'il ait fini par se laisser convaincre par sa jeunesse en ralliant le marabout. Les récits traditionnels ne parlent pas de l'épisode de Koughani selon Samané Sy et Dogo Diawara, il serait venu à Bakel en y poursuivant directement les fugitifs du Boundou. Les forces en présence devant Bakel s'équivalent peut-on dire, dans l'enceinte de la ville, on avait le premier bataillon des tirailleurs avec 200 hommes armés de fusils Gras à tir rapide, 1100 auxiliaires et traitants, et 300 guerriers de Ousmane Gassi, le prince du Boundou. Bakel était bien pourvu en vivres et en munitions mais ses effectifs étaient limités malgré les quelques canons de 75 mm du fort. En face, le marabout alignait 10 000 à 12 000 hommes armés de fusils de contre bande et de fusils traditionnels, de sabres, de coupe-coupe et d'armes diverses telles les lances, les harpons, et autres armes de pointe, etc. mais il n'y avait pas de flèches. Avant l'attaque, l'armée de Mamadou Lamine Dramé stationnait pour moitié dans le Goye inférieur entre Tuabou et Diawara et pour moitié dans le Goye supérieur entre Koughani et Balou. Les combattants de cette troupe hétéroclite et peu disciplinée étaient là pour diverses raisons : une foi inébranlable pour les talibés, l'appât du gain pour d'autres, le prestige pour les jeunes guerriers de l'aristocratie, dont certains étaient animés de la volonté de se débarrasser du pouvoir colonial estimant souvent que les "vieux ont cédé trop de choses aux Blancs", etc. Pour d'autres jeunes, la guerre était une épreuve initiatique qui comblait un profond désir d'émancipation et qui permettait en même temps de s'enrichir et de détenir des esclaves... Il y en avait, pour ainsi dire, pour toutes les motivations. Le 1er avril, Mamadou Lamine Dramé attaque Guidimpallé sans succès, selon le récit des Français. Toujours selon cette même source, le 3 avril, de 10 heures à 12 heures, les troupes venues de Tuabou et Koughani attaquent de concert en trois colonnes nord ouest et sud la porte de Modincané située au nord aurait été ouverte par les marabouts de Bakel hostiles aux Blancs et acquis à la cause de leur parent et coreligionnaire. Les troupes régulières affluent pour colmater la brèche ainsi ouverte. Le 4 avril, Mamadou Lamine Dramé galvanise ses troupes : "j'irai prier la prière de 14 heures à la mosquée de Modincané" L'assaut final est donné. Les côtés nord et sud résistent, mais l'ouest cède... la ville est mise à sac et brûlée tandis que le fort résiste... Le siège dure quatre jours, Bakel plie mais ne cède pas.
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