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Présentation générale de l'axe 4L’objectif scientifique qui réunit les chercheurs de cette équipe porte sur les rapports des sociétés africaines à leur environnement dans la longue durée. Une approche historique est incontournable pour appréhender pleinement les problèmes contemporains, notamment tenir compte de l’analyse actuelle des politiques de gestion des ressources naturelles renouvelables dans un but à la fois de préservation, de conservation et de valorisation. Dans ce domaine, l’analyse du foncier s’associe à celle des ressources et des produits, en remettant en question le lien fait par la pensée juridique moderne entre le statut du sol et celui du produit. Les études réalisées au cours de ce contrat quadriennal ont montré l’importance du concept d’espace dans ce type d’approche.
En effet, l’évolution de l’occupation de l’espace représente un objet d’étude à la fois pour l’historien, l’anthropologue, le juriste et le géographe. Cette approche environnementale de l’espace, qui est au cœur même de la problématique foncière, rejoint la construction politique des territoires. Cette dimension spatiale explique l’orientation prise par cet axe dans son nouvel intitulé. La notion de patrimoine naturel vient s’intégrer dans cette problématique et fait l’objet d’un thème de recherches en association avec l’IRD. Les thèmes de cet axe s’inscrivent dans la longue durée et réunissent différentes disciplines autour d’une problématique commune : replacer dans une perspective historique le rapport des sociétés africaines à leur environnement, en partant du principe que ce rapport a été et est toujours construit. Ce thème s’inscrit dans la continuité des travaux menés sur l’histoire des plantes et des paysages dans le laboratoire depuis les années 1980. Depuis la création de l’UMR en 2002, un rapprochement s’est opéré entre historiens (CRA) et anthropologues du Droit (LAJP) les amenant à définir une démarche commune autour de ces questions. Cette présentation rend compte des travaux individuels et collectifs en cours. Axe 4~1 : Histoire de l’alimentationResponsables : Monique Chastanet et Nora Lafi Présentation Ce programme, initié en 1999-2000 avec F.-X. Fauvelle-Aymar et D. Juhé-Beaulaton, a pour objectif d’analyser l’évolution des pratiques alimentaires sur la longue durée. Nous avons le souci de travailler à la fois sur l’Afrique subsaharienne et sur le Maghreb, en tenant compte bien sûr des différences au niveau des sources comme des traditions historiographiques. Les recherches concernent à la fois l’histoire des produits et ressources alimentaires comme celle des techniques, savoir-faire et recettes. Sans écarter l’apport de disciplines comme l’ethnologie ou l’anthropologie, l’accent est mis sur la dimension historique, afin de resituer l’évolution des modes de production, de conservation, de transformation et de consommation des aliments dans leur contexte économique, politique et culturel. Cela implique notamment d’étudier les processus d’adoption, d’acclimatation et de diffusion des nouveaux produits, végétaux et animaux. Les anciens programmes sur les crises alimentaires et l’histoire des plantes, dont la diffusion des plantes américaines en Afrique, se retrouvent intégrés dans ce thème. Les problèmes de terminologie, qu’il s’agisse des ingrédients utilisés, des processus techniques ou des plats obtenus, font l’objet d’une attention particulière. Dans cette perspective, nous envisageons de développer une collaboration avec des collègues linguistes et ethnolinguistes. Par ailleurs, au niveau des produits comme des recettes, la cuisine africaine n’échappe pas au courant actuel de « patrimonialisation » : son étude se prête ainsi à des rapprochements avec les autres thèmes de recherche de cet axe. Enfin, les questions de déséquilibres nutritionnels, de disettes et de famines, parfois associées à des épidémies, pourront être traitées en rapport avec le thème sur « les savoirs en matière de santé » (axe 1). Les travaux et journées d’étude devraient aboutir à différentes publications : recueils d’articles, livres de recettes anciennes, travaux de synthèse présentant une cartographie des ingrédients de base, des modes de transformation, des gestes techniques et du vocabulaire culinaire… Une table ronde, organisée en mai 2000 au Centre de Recherches Africaines, a débouché sur la publication d’un ouvrage collectif en décembre 2002 : Chastanet, M., Fauvelle-Aymar, F.-X. & Juhé-Beaulaton, D., (éd.), Cuisine et société en Afrique. Histoire, saveurs, savoir-faire, Paris, Karthala. D’autres rencontres sont prévues, notamment sur les enjeux identitaires de l’alimentation, qui s’expriment à travers « plats nationaux » et autres spécialités régionales. Parallèlement aux travaux collectifs, ce thème donne lieu à des recherches individuelles. Histoire de l’alimentation au Maghreb et au Moyen-Orient au XIXe siècle : approvisionnement urbain et modes de consommation Responsable : Nora Lafi L’histoire de l’alimentation dans les villes du monde arabo-musulman est riche en sources, ouvrages et articles. De nombreux traités médiévaux comme celui d’Ibn Sulayman al Israili (Xe siècle) ont été étudiés et ont donné lieu à une histoire de l’alimentation souvent abordée sous l’angle de l’hygiène et de la diététique, notamment autour de la question des aliments conseillés pour une vie saine. Dans le présent projet, sera prioritairement considéré un aspect différent de l’histoire de l’alimentation en relation avec l’histoire urbaine. L’approvisionnement des villes constitue, en effet, une autre manière d’aborder le sujet. C’est dans cette optique que N. Lafi souhaite proposer une réflexion sur les sources et la production scientifique concernant l’alimentation des villes et des campagnes des provinces ottomanes. Dans la continuité de ses travaux précédents sur le gouvernement urbain entre Ancien régime et réformes ottomanes, il s’agira d’explorer les liens entre l’alimentation des populations des villes ottomanes et les charges urbaines, dans leurs aspects annonaires, au moment des réformes du XIXe siècle, les Tanzimât. Ces réformes, qui touchent les corporations en général, concernent l’alimentation par deux aspects : la réforme de l’approvisionnement et la réforme de la bienfaisance. Quels sont les effets de ces réformes sur l’organisation de la corporation chargée du ravitaillement, sur la population consommatrice et sur la consommation en général ? Entraînent-elles des changements dans l’usage de certains produits et dans l’élaboration de certains plats ? Histoire de l’alimentation en Sénégambie du XVe siècle à nos jours Responsable : Monique Chastanet A travers deux articles, consacrés l’un au « sanglé » et l’autre au couscous, M. Chastanet a étudié les deux principaux modes de consommation des céréales dans l’ouest du Sahel tels qu’en rendent compte les récits de voyage du XVe siècle à la fin du XIXe siècle. Dans les deux cas, elle a montré comment une histoire de l’alimentation en Afrique nécessite un détour par l’histoire de l’alimentation en Europe afin de comprendre les descriptions et comparaisons des voyageurs. Dans le premier article, elle a mis en évidence l’étymologie du « sanglé » des Européens, terme qui trouve son origine dans des mots wolof et peul désignant la semoule, et qui disparaît au XXe siècle au profit d’appellations locales correspondant à différents noms de plats. Elle a étudié l’évolution des recettes de sanglé du XVIIe au XIXe siècle, telle qu’elle apparaît à travers les sources écrites, en la resituant dans l’histoire des pratiques alimentaires (question du clivage sucré/salé, composition des repas, etc). Dans cette perspective, M. Chastanet a également fait appel à des enquêtes menées en pays soninké, ce qui lui a permis d’appréhender des évolutions plus récentes. Dans son article sur le couscous, elle s’est attachée à montrer l’ancienneté de cette préparation au Sahel, dont témoigne notamment une grande diversité d’appellations. Cependant les données dont on dispose à l’heure actuelle ne permettent pas de répondre à la question de son origine, maghrébine, saharienne ou sahélienne. Contrairement au sanglé, les témoignages des Européens sur la Sénégambie ne traduisent pas d’évolution sensible dans la préparation des céréales, la seule nouveauté étant l’apparition d’un couscous de maïs. Une étude davantage centrée sur les « sauces » et autres produits d’accompagnement permettrait sans doute d’appréhender une évolution des recettes. Tout en s’intéressant aux problèmes de terminologie et aux processus techniques, elle a montré la place du couscous comme nourriture quotidienne et nourriture festive. Là encore, un détour par le pays soninké, lui a permis d’enrichir et de diversifier l’apport des sources écrites. Par ailleurs, M. Chastanet a continué à s’intéresser à l’histoire des crises alimentaires (un article à paraître) et à l’histoire des plantes (autre article à paraître). Ce dernier, qui traite de la substitution arachide/sésame, renvoie à la fois à l’histoire de la diffusion des plantes américaines en Afrique et à l’histoire des fonds de cuisine. M. Chastanet a commencé une nouvelle recherche sur l’histoire du thiébou diène ou riz au poisson (et sa variante à la viande, le thiep yap). Ce plat, vraisemblablement mis au point à Saint-Louis à la fin du XIXe siècle, est lié à l’histoire coloniale du Sénégal. Il a pour « ancêtres » le sanglé et sans doute d’autres préparations locales à base de riz. Cette céréale était alors cultivée de façon marginale en zone sahélienne. Les brisures de riz d’Indochine, importées pour pallier la régression des cultures vivrières dans l’ouest du Sénégal, se sont finalement substituées à la semoule de mil ou de sorgho du sanglé. Dans la sauce du thiébou diène, voisinent des produits locaux à côté de légumes d’origine américaine, ou européenne. Ce plat a non seulement supplanté le sanglé au repas de midi, mais il a pris la place du couscous comme « plat national ». Après avoir conquis les villes de la côte, il s’est imposé en milieu rural. M. Chastanet voudrait reconstituer les modalités et les étapes de cette histoire culinaire, en prenant en compte les variantes géographiques et sociales de la recette, sans oublier les problèmes économiques et nutritionnels actuels. En effet, le riz produit actuellement dans la vallée du Sénégal a du mal à trouver preneur, à moins d’être transformé pour se rapprocher des brisures de riz importées. Par ailleurs, ce plat est souvent associé à une consommation excessive de graisse ainsi qu’au recul des légumes locaux, cultivés ou de cueillette, souvent très riches en vitamines. M. Chastanet et C. de Lespinay (MALD) envisagent une recherche sur les origines du yassa (de poulet, de poisson mais aussi de porc, accompagné de riz). Cette recette, emblématique aujourd’hui de la Casamance, associe des influences créoles et des emprunts locaux, au niveau des ingrédients comme des processus culinaires. M. Chastanet a, par ailleurs, commencé à mener une réflexion sur la naissance d’une gastronomie africaine, qui se traduit ces dernières années par la parution de nombreux livres de recettes d’Afrique Noire, destinés surtout à un public européen ou américain. Ces publications sont le plus souvent réalisées par des Africains vivant en Occident, ou en collaboration avec des Occidentaux. De nombreux livres paraissent aussi sur le Maghreb, mais la situation est différente dans ce cas. La cuisine maghrébine est, en effet, reconnue depuis beaucoup plus longtemps par les Occidentaux, sans parler des anciens livres de recettes et autres écrits sur la cuisine, publiés à l’époque d’Al Andaluz. Axe 4~2 : Histoire des paysages et conservation de la biodiversité
Responsable : Dominique Juhé-Beaulaton Présentation Ce thème a pour objectif de comprendre les dynamiques sociales et économiques à l’origine de l’évolution des paysages, des transformations de l’environnement. Cette approche se doit de relire les sources de l’histoire de l’Afrique sous un angle particulier. L’histoire des paysages est indissociable de celle des plantes et des pratiques agricoles, elle s’inscrit également dans l’espace et se base sur l’histoire du peuplement. Notre approche des paysages se fait par l’étude des processus de création ou de destruction de patrimoines « naturels » et des territoires qui leur sont associés. Dans un premier temps, les recherches et les réflexions ont porté sur les définitions de ces notions en partant du point de vue des acteurs locaux tout en essayant de comprendre les différents enjeux qui se développent autour d’espèces (végétales ou animales) ou de lieux « patrimonialisés ». Les études ont porté sur des lieux déjà identifiés au cours des travaux antérieurs. Ces recherches se font en collaboration avec l’UR 026 PATTER de l’IRD (dirigée par Marie-Christine Cormier-Salem, géographe). Actuellement, plusieurs études de terrain sont en cours au Bénin, au Togo, au Ghana, au Burkina Faso afin d’analyser les processus de création ou de destruction d’un patrimoine à la fois naturel et culturel en relation avec des partenaires de l’Université Nationale de Lomé (Togo) ; l’Université Nationale du Bénin ; l’Ecole du Patrimoine Africain (Bénin) ; l’Université de Ouagadougou (Burkina Faso), Department of Anthropology, Syracuse University, New York (USA), Department of Archaeology, University of Ghana, Legon ; IFRA, Institut Français de Recherche en Afrique, Ibadan et Accra. Sites sacrés, patrimoine et conservation de la biodiversité Ces recherches sur les sites sacrés se poursuivent depuis 2000 et ont déjà fait l’objet d’un certain nombre de communications à des séminaires et colloques, publiées dans les actes ou des ouvrages collectifs. Elles s’inscrivent depuis 2002 dans le cadre d’un projet collectif financé par l’Institut français de la biodiversité sur 3 ans. Il regroupe des chercheurs d’institutions et d’horizons disciplinaires différents : S. Dugast, anthropologue (IRD), S. Tostain, généticien (IRD), C. Alfieri, anthropologue (université de Gênes, Italie), K. Kokou, botaniste (université de Lomé), S. Varissou, conservateur du patrimoine (JPN, Bénin), A. Sanou, ethnolinguiste (université de Ouagadougou) et historien (MALD). Intitulé du Projet : « Les sites sacrés naturels : la “ conservation de la biodiversité ” comme source d’enjeux économiques et sociaux » (études de cas au Bénin, Burkina Faso et Togo). (responsable : D. Juhé-Beaulaton). Les sites sacrés comprennent les espaces dont les accès sont réglementés par des principes religieux : arbres et forêts sacrées, sources,... La gestion de ces espaces et aussi des ressources disponibles a connu des évolutions en relation avec des facteurs socio-culturels, historiques et environnementaux que seule une analyse sur la longue durée permet de mettre en évidence. Le rôle de l’état et des institutions, celui des communautés locales, et des individus sont tour à tour examinés et leurs imbrications éventuelles démontrées. Les politiques de protection de l’environnement sont à l’étude (époque coloniale et après les indépendances) afin de montrer les inter-relations entre les différents acteurs, du local au national et international dans le cadre des grandes conventions (biodiversité, désertification, changements climatiques). Parallèlement à ces travaux, G. Chouin termine une thèse de doctorat sur l’approche archéologique et historique des forêts sacrées dans le sud du Ghana. Il a entrepris des prospections et des fouilles archéologiques sur plusieurs sites en collaboration avec le département d’archéologie de l’Université du Ghana et une équipe de paléoanthropologues de l’IFAN). Les résultats de ces recherches archéologiques apportent des éléments nouveaux à la connaissance de l’histoire de la région forestière dans la longue durée en démontrant notamment l’occupation ancienne de certaines forêts sacrées. (le MALD a soutenu financièrement une partie de ses travaux). Statut des arbres et agroforêts Autour de cette problématique « patrimoines naturels », une équipe a travaillé sur la dynamique des systèmes agroforestiers des mosaïques forêt-savane du Sud Bénin. Elle associe D. Juhé-Beaulaton (MALD), B. Roussel (Ethnobotaniste, professeur au MNHN), N. Sokpon (agronome, FSA Université Nationale du Bénin) et M.L. Guttierez (agro-économiste). Ces recherches associant approches naturaliste, agronomique, historique conduisent à s’interroger sur l’évolution du statut des arbres à travers le temps en partant de l’analyse des sources écrites européennes à partir du XVIIe siècle et des sources orales concernant les perceptions du peuplement végétal. Certains arbres font l’objet de protections (interdiction d’abattage, protection contre les feux de brousse) qui ne relèvent pas du religieux, mais plus d’une gestion patrimoniale et de la transmission d’une ressource aux générations futures. Le statut de ces arbres peut varier selon l’intérêt économique qu’ils représentent pour les habitants. La demande de plus en plus forte en produits alimentaires et industriels, en bois de chauffe, etc… impose une diversification des systèmes de production et un accroissement de leur productivité. Un premier bilan sur le développement de la palmeraie sous l’influence des rois d’Abomey (étude publiée en 1999) a été suivi par « l’évolution d’un parc agroforestier à nérés situé sur le plateau d’Abomey (Bénin) ». Cette recherche menée par D. Juhé-Beaulaton et M.L. Guttierez, agro-économiste formée au CIRAD, a fait l’objet d’une communication au colloque « un produit, une filière, un territoire » organisé à l’Université de Toulouse en mai 2002. Elle a été publiée dans les Cahiers d’Outre-mer en 2003. Ces recherches se poursuivront au cours du prochain contrat en prenant en considération les aspects géoculturels (produit de « terroir », étude spatiale d’une production). Le séminaire de recherche sur « l’histoire rurale et l’environnement en Afrique » », créé en 1997, se poursuit depuis lors en collaboration avec le laboratoire d’Ethnobiologie-Biogéographie du Muséum National d’Histoire Naturelle et l’IRD. Il a été animé de 1999 à 2004 par J. Boutrais (IRD), M.-C. Cormier-Salem (IRD), D. Juhé-Beaulaton (CNRS-MALD) et B. Roussel (MNHN). La problématique retenue porte sur la construction de patrimoines naturels en Afrique et à Madagascar. Une réflexion est menée sur les processus de patrimonialisation et de territorialisation, et leurs conséquences en termes de dynamiques sociales et de gestion de la biodiversité. L’objectif de cette rencontre mensuelle est de conduire une approche interdisciplinaire entre historiens, géographes, anthropologues, naturalistes. Les notions de patrimoine et de territoire sont abordées en termes de représentations de l’environnement, savoirs locaux, pratiques et stratégies des acteurs. Pour comprendre les situations locales actuelles, et en particulier les conflits d’accès et d’usage à propos des ressources et des espaces, une approche diachronique est privilégiée et une attention particulière est accordée à l’articulation des échelles spatiales (du local au global) et temporelles. Les interventions (1999-2001) à ce séminaire ont été publiées en 2002 dans la collection « Colloques et séminaires » de l’IRD. La publication des interventions 2002-2003 est en cours dans la même collection (voir publications liées à l’axe). - Cormier-Salem M.-C., Juhé-Beaulaton D., Boutrais J. & Roussel B. (ed.), 2002, Patrimonialiser la nature tropicale. Dynamiques locales, enjeux internationaux. Paris, IRD, collection “ Colloques et séminaires ”, 467 p. - Cormier-Salem M.-C., Juhé-Beaulaton D., Boutrais J. & Roussel B. (ed.), 2004, Patrimoines naturels dans les Suds. Des conflits fonciers à la valorisation des savoirs locaux. Sous presse. Paris, IRD, collection “ Colloques et séminaires ”. Axe 4~3 : Les nouveaux enjeux de la patrimonialité et les questions foncières en AfriqueResponsable : Etienne Le Roy Présentation Ce thème a été plus particulièrement pris en charge, à partir du travail qui avait été réalisé durant la décennie 1990, par les chercheurs du Laboratoire d’anthropologie juridique de Paris. Deux ouvrages (Le Bris, Le Roy, Mathieu 1991, Le Roy, Karsenty, Bertrand, 1996) et un rapport du FICU (1992) avaient réuni les bases empiriques et conceptuelles qui avaient permis plus particulièrement dans l’Océan Indien (Madagascar, Comores) de concevoir un mode original de sécurisation foncière à partir de la notion de patrimoine : la gestion patrimoniale. Par son étymologie, patrimoine désigne ce qui vient du/des père(s). Il reçoit, c’est son intérêt mais aussi son « talon d’Achille », diverses acceptions selon les points de vue disciplinaires. C’est ce que les anthropologues du droit appellent un concept à la fois « recteur »” et « girouette ». Pour le juriste, il est la somme des droits et obligations évaluables en argent. Double de la personne juridique il naît et disparaît avec elle, la dissolution ou le décès entraînant le partage entre les ayant-droits. Seules les personnes juridiques ont un patrimoine et le code civil de 1804 était très limitatif. Par exemple, la famille, le village ou le lignage n’avaient pas la personnalité, et les droits y afférents ne pouvaient être exercées que par des individus plus ou moins indivis ou par la commune qui comme collectivité territoriale est un démembrement de l’Etat. Ces « subtilités » sont de grande importante dans la solution des problèmes qui, à partir du début de ce siècle, vont réunir les chercheurs. Car ceux des chercheurs qui ont tenté de concrétiser la démarche patrimoniale sont économistes, écologues ou environnementalistes, historiens ou géographes. Le patrimoine est moins un concept qu’un lieu de rencontres entre différentes démarches qui partagent certaines exigences : développement durable et reproductible, principe de précaution, droits des générations futures…etc. Ici la prise en compte des apports du passé permet de se projeter dans le futur et ce futur, une fois identifié sur une base si possible consensuelle, permet de déduire les modes de gestion « patrimoniaux » propres à répondre aux grands principes ci-dessus évoqués. Sur ces bases, on peut alors promouvoir une « bonne gouvernance » des hommes reposant sur la viabilité de l’exploitation des ressources et des territoires. Cette approche patrimoniale se présente moins comme une troisième voie entre tradition et modernité que comme le produit de leur dialectique, mouvement dialectique rendu possible par la désintégration de l’économie socialiste et la dévalorisation du matérialisme historique durant le décennie 1990. Durant la période du contrat quadriennal, les opérations de recherche suivantes ont été mises en œuvre et sont appelées à se poursuivre au-delà de 2005-2006. 1 – Identification des éléments constitutifs de ce que représente le « patrimoine » pour les Africains. Cette opération recoupe en partie le thème 2 précédent lorsqu’il s’agit de lieux de mémoire, de socialisation ou de pratiques religieuses (bois sacrés, enclos de circoncision, arbre à palabre, lieux habités par les génies etc…). Mais la dimension contemporaine n’en est pas moins significative : qu’entend-on par patrimoine de l’Etat dans le domaine de la corruption, (Ngimbock, 2002), patrimoine de l’église catholique au Congo (Iwéwé, 2004), d’une agro-industrie (Sidibé, en cours) ? D’autres recherches, également liées à l’axe 4, étudient les relations entre migrations internes et patrimoines locaux, par exemple dans les relations ville-village, le retour des urbains et l’échec de leur réinsertion (pour la Côte d’Ivoire, Aka en cours). 2 – Analyse des modes de gestions des terres et des ressources dits « traditionnels » ou « coutumiers » avec deux objectifs déjà concrétisés mais qui ont fait l’objet de nouveaux développements ici. Théorisation des modes locaux de gestion à partir d’une analyse matricielle et de modèles anthropologiques. [Le Roy, (ed). CAD , 2002] Application de la théorie des maîtrises foncières (Le Roy, Karsenty, Bertrand, 1996) à la gestion de la biodiversité. (Le Roy, in Vivien, 2002). 3 – La place de l’approche patrimoniale dans les politiques étatiques. La dimension politique des questions foncières et gestion des ressources s’impose à tous les observateurs. De 1998 à 2000, trois thèses avaient été consacrées à la gestion patrimoniale. Une nouvelle thèse, soutenue fin 2004 étudie la géo-stratégie des conflits fonciers dans la région des grands lacs (Lulu, 2004). Quatre thèses en cours d’Ivoiriens démontent les multiples dimensions de l’implosion de la Côte d’Ivoire. La dimension foncière du génocide rwandais a été revisitée. Des travaux portant sur foncier et décentralisation sont en cours aux Sénégal, Mali, Burkina Faso et Niger. E. Le Roy et A. Rochegude siègent, comme experts des politiques foncières, dans un comité de pilotage sur le foncier rural et un groupe de suivi des conflits au Ministère des Affaires Etrangères. 4 – La généralisation de la propriété privée de la terre et des ressources contredit l’approche de gestion patrimoniale. La propriété foncière est née avec le capitalisme car ce fut une condition essentielle du fonctionnement d’un marché généralisé. Mais là où il n’y a pas (encore) les effets du marché généralisé, la propriété foncière est inappropriée : c’est le marteau-pilon pour écraser une noix. La gestion patrimoniale a été conçue et mise en œuvre pour prendre en charge la sécurisation des acteurs et de leur travail dans la situation intermédiaire que connaissent les sociétés africaines qui ne sont plus dans la tradition et pas encore immergée, dans l’économie de marché. Or la Banque mondiale veut manifestement forcer le mouvement et généraliser au plus vite le marché et (par) la propriété foncière. Les dégâts collatéraux devenant insupportables ainsi en Côte d’Ivoire, plusieurs coopérations ont pris leurs distances à l’égard d’une doctrine jugée dogmatique. Les coopérations suisse en 2003, française en 2004 ont opéré de telles évolutions. La GTZ allemande s’y prépare, la britannique se pose des questions. La relation entre marché et propriété est la grande question de ces prochaines années. Elle ne concerne pas seulement l’avenir d’un mode de gestion et les virtualités qu’il représente mais le devenir tant des paysanneries africaines que des sociétés dans leur globalité. Ces projets sont développés dans les perspectives. Patrimoine naturel, sites sacrés et conservation de la biodiversité Les deux années à venir (2005-2006) seront consacrées à la réalisation du projet sur les sites sacrés. Il est déjà envisagé que tous les membres du projet participent au colloque de restitution qui sera organisé par l’Institut Français de la Biodiversité (la date n’est pas encore fixée). Au sein même de notre équipe, il est envisagé de préparer la publication collective de nos résultats en organisant des réunions de travail à Paris ou dans l’un des trois pays africains du projet en fonction des missions des uns et des autres. Une base de données présentant les informations recueillies pour chaque site accompagné de photographies et des coordonnées géographiques prises au GPS est en cours d’élaboration et constituera une base documentaire accessible aux membres de l’équipe qui seront ainsi informés de l’avancée des travaux. Cette base devrait assurer une meilleure cohésion des actions des différents chercheurs impliqués assurant ainsi la mise en commun des connaissances et donc le partage des savoirs. Il est déjà prévu de réaliser un CD-ROM des photographies prises au cours du projet qui pourrait être une annexe à l’ouvrage. Dans ses perspectives de recherche, G. Chouin envisage de poursuivre l’étude historique des paysages forestiers en élargissant son approche régionale de l’histoire de la région forestière à l’Afrique de l’Ouest, du Nigeria à la Guinée ; il compte baser son étude en comparant l’émergence et le développement de plusieurs sociétés agricoles utilisant le fer dans les zones forestières durant les deux derniers millénaires. A titre comparatif, il sera associé aux réunions de travail du projet IFB. Enfin, un nouveau projet vient d’être lancé en Afrique orientale suivi par Henri Médard. Il concerne l’histoire du peuplement du Mont Elgon situé dans une zone frontière entre Kenya, Ouganda, Tanganyika. Les relations entre éleveurs et agriculteurs, l’intensification de l’agriculture, le passage de l’élevage à l’agriculture seront analysées. Les relations des habitants du massif avec la forêt et les autorités seront particulièrement étudiées en considérant d’une part les activités de défrichage ou au contraire de préservation et d’utilisation de la forêt, et d’autre part la constitution de réserves forestières, de parcs nationaux et l’exclusion progressive des habitants de ces zones. Ce projet s’intègre dans la problématique sur la construction des patrimoines naturels ; les membres de cette nouvelle et jeune équipe ont déjà participé en avril 2004 au séminaire conjoint MALD-MNHN-IRD. Cette problématique permet de plus d’aborder d’une façon originale la question des frontières ; en effet, en ce qui concerne le Mont Elgon, les frontières administratives internes, du côté Kenyan en tout cas, préoccupent beaucoup plus les habitants et les administrateurs que la frontière internationale. Le projet « Mont Elgon » associe l’IRD, l’INED, l’Université Paris I, l’Université de Bordeaux III, l’Ifra-Nairobi, l’Université de Makerere (Ouganda), et l’Université Kenyatta (Tanzanie). Sur le plan collectif, le séminaire mensuel de recherche sur les « constructions et déconstructions de patrimoines naturels » va se poursuivre en élargissant son domaine d’étude à l’Amérique latine, en collaboration avec des chercheurs de l’IRD (M.C. Cormier-Salem et P. de Robert). En 2004/05, des interventions des membres du LAJP (E. Le Roy, M. Diop, A. Rochegude) sont prévues afin de prendre en compte la dimension juridique liée à toute construction patrimoniale. Un des objectifs collectifs du prochain quadriennal sera de réaliser une nouvelle édition du premier guide de recherches en histoire rurale spécialisé sur l’Afrique des grands lacs édité en 1983 sous la direction de J.P. Chrétien. Ce nouveau guide de recherches sur les questions environnement et sociétés croisera les approches des historiens, des anthropologues, des juristes, des géographes, des agronomes et des botanistes. Ce projet qui est en cours de discussion comporterait notamment une mise à jour bibliographique et représenterait un travail collectif transversal aux différentes composantes du MALD. Un enseignement pluridisciplinaire sur les relations des sociétés à leur environnement pourrait être envisagé et reste pour le moment à discuter. Cet enseignement pourrait constituer la phase de travail préparatoire à ce guide d’histoire rurale. E. Le Roy, M. Chastanet, J.L. Paul, A. Hatungimana et D. Juhé-Beaulaton ont déjà pris contact. Gestion patrimoniale Le programme actuel pluridisciplinaire de recherches sur le foncier et la gestion des ressources a maintenant vingt-cinq ans et les travaux initiaux remontent à 1964. Durant ces quarante ans, nos travaux ont été déterminés tant par des choix scientifiques programmés que par des incitations extérieures et, en particulier, par une demande politique et institutionnelle. Ceci a donné une exceptionnelle impulsion à la recherche appliquée en synergie, ce qui est aussi exceptionnel, avec la recherche la plus fondamentale (telle l’analyse matricielle des systèmes fonciers africains ou la théorie des maîtrises foncières et fruitières pré-citées). Nous sommes devant une « nouvelle donne » des politiques foncières à l’échelle internationale qui va nous mobiliser pour répondre aux demandes de nos partenaires européens et africains en terme d’affichage de doctrines et de programmes. Il s’agit là de recherches finalisées dont l’enjeu n’échappe à aucun des partenaires des conférences internationales et dont les perspectives sont et resteront « ouvertes » car le chercheur ne peut préjuger des choix politiques. Parallèlement, et d’un point de vue de recherches fondamentales la problématique marché/propriété va faire l’objet d’un séminaire international co-animé par le CIRAD et le LAJP, à Montpellier et à Paris. Dans ce cadre seront confrontées les différentes lectures disciplinaires et idéologiques. Ce séminaire a vocation à devenir permanent et être dans le cadre de formation des jeunes chercheurs en post-doc. Une troisième orientation non moins importante est de préparer des synthèses des travaux de la période écoulée, vraisemblablement sur les quarante ans évoqués ci-dessus. Deux ouvrages sont en chantier, l’un sur les rapports des Africains à la propriété foncière, l’autre sur les politiques de décentralisation. Comme dans d’autre secteurs des sciences sociales, les études sur la gouvernance sont en cours de réalisation, à nouveau à l’échelle internationale. Les Cahiers d’Anthropologie du Droit 2005 consacrés à la gouvernance réserveront plusieurs contributions à la gouvernance foncière. Responsables : Monique Chastanet, Dominique Juhé-Beaulaton, Etienne Le Roy Participants : Chiara Alfieri (université de Milan, Italie), Sigrid Aubert, Tamatoa Bambridge, Olivier Barrière, Alain Bertrand, Hugues Bissot, Jean Boutrais (CEA-IRD), Gérard Chouin (MALD), Marie-Christine Cormier-Salem, (IRD), Moustapha Diop (Mald), Stephan Dugast (IRD), François-Xavier Fauvelle-Aymar, Kouami Kokou (université de Lomé, Togo),Nora Lafi (Wissenschaftskolleg Berlin -MALD), Charles de Lespinay (Mald), Henri Médard (Mald), Ibra N’diaye, Jean-Luc Paul (MALD), Alain Rochegude (MALD), Bernard Roussel (MNHN), Alain Sanou (université de Ouagadougou, Burkina Faso)Nestor Sokpon (Bénin), Serge Tostain (IRD), Souayibou Varissou (JPN, Bénin) Source : http://mald.univ-paris1.fr Recommandez (0) | Citez cet article sur votre site | Suggérer par mail
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